Un collégien dont les vidéos décollent sur TikTok, une lycéenne contactée par une marque de cosmétiques, un enfant de huit ans vedette de la chaîne familiale : les mineurs qui gagnent de l’argent sur les réseaux sociaux sont de plus en plus nombreux. Mais un adolescent ne remplit pas de déclaration d’impôts, ne peut pas toujours être payé directement et, avant 16 ans, ne touche même pas la plus grande partie de ce qu’il gagne. Qui déclare quoi, et comment ? Tout dépend de deux choses : l’âge de l’enfant et la façon dont il exerce.
Le principe : ce sont les parents qui déclarent
Fiscalement, un enfant mineur fait partie du foyer de ses parents. Ses revenus s’ajoutent donc à ceux du foyer et figurent sur la déclaration annuelle des parents. Sur le fond, les règles sont les mêmes que pour un adulte : les revenus en ligne sont imposables dès le premier euro, qu’ils viennent d’une plateforme, d’un partenariat ou d’un produit reçu en échange d’une publication. Le guide de l’influence commerciale publié par Bercy en juin 2026 le rappelle aux jeunes créateurs : tant qu’ils sont rattachés au foyer fiscal de leurs parents, c’est à ces derniers de déclarer leurs gains.
C’est le total de l’année qui compte. Un adolescent qui diffuse en direct sur plusieurs services à la fois, grâce au streaming multi-plateforme, multiplie les sources de revenus possibles : dons, partenariats, revenus publicitaires. Chacune s’additionne aux autres sur la déclaration du foyer.
Les parents peuvent demander que leur enfant soit imposé séparément, à condition qu’il tire des revenus de son propre travail. La demande se fait sur papier libre, jointe à la déclaration des parents, et vaut pour l’année entière ; l’enfant souscrit alors sa propre déclaration. Contrepartie : il cesse d’être compté à charge, et le foyer perd la majoration de quotient familial correspondante (une demi-part, ou une part entière à partir du troisième enfant). L’option devient intéressante quand les gains de l’enfant sont importants et que le taux d’imposition des parents est élevé : une simulation des deux hypothèses sur impots.gouv.fr permet de trancher.
Avant 18 ans, les plateformes ne paient pas directement
Premier obstacle pratique : la plupart des plateformes réservent la rémunération aux majeurs. TikTok exige d’avoir 18 ans pour rejoindre ses programmes de rémunération des créateurs ou recevoir des cadeaux pendant un live. Sur YouTube, un mineur ne peut monétiser sa chaîne qu’en la reliant au compte AdSense d’un parent ou d’un tuteur majeur, selon l’aide officielle de Google.
L’argent arrive donc souvent sur le compte d’un parent. Cela ne change rien à l’obligation de déclarer, puisque les revenus de l’enfant et ceux des parents figurent de toute façon sur la même déclaration. Mieux vaut en revanche garder une trace claire de ce qui revient à l’enfant, surtout si la chaîne est la sienne, par exemple en reversant ces sommes sur un livret ouvert à son nom.
Moins de 16 ans : un régime calqué sur les enfants du spectacle
Depuis la loi du 19 octobre 2020, dite loi Studer, l’exploitation commerciale de l’image d’un enfant de moins de 16 ans en ligne est encadrée comme le travail des enfants du spectacle ou des enfants mannequins. La loi sur l’influence commerciale de juin 2023 a confirmé que ce cadre s’applique aux moins de 16 ans qui font de l’influence.
Un enfant de cet âge ne peut faire de l’influence commerciale rémunérée que comme salarié d’une entreprise qui exerce cette activité, et cette entreprise peut être celle de ses parents. L’employeur doit obtenir au préalable une autorisation du préfet du département. Surtout, l’essentiel de la rémunération ne passe pas par les mains de la famille : selon le guide du ministère, 90 % des sommes perçues sont consignées à la Caisse des dépôts jusqu’à la majorité de l’enfant, ou jusqu’à son émancipation. L’employeur les verse directement sur un compte ouvert au nom de l’enfant, et seule la part restante est laissée à la disposition des parents. Des retraits anticipés ne sont possibles qu’en cas d’urgence et à titre exceptionnel.
Et la chaîne familiale ?
Beaucoup d’enfants apparaissent sans contrat de travail, dans les vidéos que leurs parents publient sur leur propre compte. Ce sont alors les parents, titulaires de la chaîne, qui perçoivent les revenus et les déclarent comme leurs propres revenus d’activité. La loi Studer prévoit pour ces situations une déclaration à l’administration et le versement d’une partie des gains à la Caisse des dépôts au-delà de certains seuils de durée, de nombre de vidéos ou de revenus. Mais le décret qui doit fixer ces seuils n’a, selon plusieurs analyses juridiques, toujours pas été publié, ce qui rend ce volet difficile à appliquer. Les marques doivent de leur côté vérifier si un enfant non salarié avec qui elles réalisent un placement de produit relève de cette obligation et, le cas échéant, verser ses revenus à la Caisse des dépôts.

Entre 16 et 18 ans : salarié ou à son compte
À partir de 16 ans, un adolescent non émancipé a deux possibilités, selon le guide de Bercy :
- être salarié d’une entreprise d’influence commerciale, avec l’accord de ses parents, qui signent son contrat de travail. Aucune autorisation préalable de l’administration n’est alors nécessaire ;
- travailler à son compte en créant une société unipersonnelle (EURL ou SASU), avec l’autorisation de ses parents, qui gardent un pouvoir de décision sur certains actes.
La micro-entreprise classique reste en revanche fermée au mineur non émancipé. Seule l’émancipation, possible à partir de 16 ans, lui permet d’agir comme un majeur et de s’immatriculer en micro-entrepreneur.
Côté impôts, l’ado salarié profite d’un avantage souvent ignoré : les salaires d’un collégien, lycéen ou étudiant de 25 ans au plus, pour une activité exercée pendant ses études ou ses vacances, sont exonérés dans la limite de trois fois le Smic mensuel, soit 5 405 € pour les revenus 2025. Il suffit de ne pas reporter la part exonérée, ou de la retirer du montant prérempli. Cet avantage ne vaut que pour les salaires : les revenus d’une activité à son compte sont imposables dès le premier euro.
| Âge | Comment gagner de l’argent | Ce que devient la rémunération |
|---|---|---|
| Moins de 16 ans | Salarié d’une entreprise d’influence, éventuellement celle des parents, après autorisation du préfet | 90 % bloqués à la Caisse des dépôts jusqu’à la majorité, le reste à disposition des parents |
| 16 et 17 ans, non émancipé | Salarié avec l’accord des parents, ou société unipersonnelle autorisée par eux | Versée à l’adolescent ou à sa société, déclarée par les parents sauf imposition distincte |
| 16 et 17 ans, émancipé | Comme un majeur, micro-entreprise comprise | Elle lui revient directement |
Comment est imposé l’argent bloqué à la Caisse des dépôts ?
C’est la question qui embarrasse le plus les familles : faut-il déclarer chaque année des sommes que personne ne peut toucher ? Non, si l’on suit la position exprimée par l’administration fiscale pour les enfants du spectacle, dont le régime a été étendu aux enfants influenceurs. Un revenu n’est imposable que l’année où son bénéficiaire en a la libre disposition. Tant que le pécule reste bloqué, il n’entre pas dans la déclaration du foyer.
Il devient imposable en une seule fois, l’année où il est remis au jeune majeur : dans la catégorie des salaires pour les rémunérations, et dans celle des revenus de capitaux mobiliers pour les intérêts accumulés pendant le blocage. Pour éviter que cette somme perçue d’un coup ne fasse grimper l’impôt, il peut demander le bénéfice du système du quotient, qui divise le revenu par le nombre d’années de blocage, dans la limite de quatre, pour atténuer la progressivité du barème. Seule la part laissée chaque année à la disposition des parents se déclare au fil de l’eau, avec les autres revenus du foyer.
Les bons réflexes pour les familles
Avant de signer quoi que ce soit
- Notez chaque somme reçue et chaque produit offert : un produit remis en échange d’une publication est un avantage en nature, à déclarer pour sa valeur réelle.
- Exigez un contrat écrit. Il est obligatoire depuis le 1er janvier 2026 au-delà de 1 000 € HT par annonceur et par an, et protège dans tous les cas. Un mineur ne pouvant pas s’engager seul, ce sont en principe ses parents qui signent.
- Séparez l’argent de l’enfant de celui du foyer, sur un compte ou un livret à son nom.
- En cas de doute sur la catégorie de revenus ou l’intérêt d’une imposition distincte, posez la question via la messagerie sécurisée de votre espace sur impots.gouv.fr.
Le jeu en vaut la chandelle : le guide de Bercy rappelle qu’un oubli ou une erreur dans les déclarations expose à des majorations pouvant atteindre 80 %, voire à des poursuites pénales en cas de fraude établie.
Questions fréquentes
Mon enfant de 14 ans peut-il créer une micro-entreprise ?
Non. Avant 16 ans, il est impossible de créer une entreprise, et l’émancipation ne peut pas encore être demandée. Pour être rémunéré par une marque, un enfant de cet âge doit être salarié d’une entreprise d’influence, avec l’autorisation préalable du préfet.
Comment récupérer l’argent consigné à la Caisse des dépôts ?
À la majorité de l’enfant, ou à son émancipation, la Caisse des dépôts l’informe que son pécule est disponible et lui indique la procédure à suivre pour en obtenir la restitution intégrale. La demande s’accompagne de justificatifs, notamment d’identité. Avant cette date, les parents ne peuvent obtenir un retrait qu’à titre exceptionnel, en cas d’urgence.
Les cadeaux envoyés par une marque doivent-ils être déclarés ?
Oui, s’ils sont reçus en échange d’une publication : ce sont des avantages en nature, imposables dès le premier euro. Un produit envoyé spontanément, sans demande de publication ni consigne sur le contenu, ne relève probablement pas de l’influence commerciale selon le guide de Bercy.
En résumé
Les revenus d’un mineur influenceur se déclarent avec ceux de ses parents, dès le premier euro, sauf option pour une imposition distincte. Avant 16 ans, l’enfant ne peut être rémunéré que comme salarié, après autorisation du préfet, et 90 % de ses gains sont bloqués à la Caisse des dépôts jusqu’à sa majorité : ce pécule n’est imposé qu’au moment où il lui est remis. Entre 16 et 18 ans, l’adolescent peut être salarié ou créer une société avec l’accord de ses parents, et ses salaires profitent de l’exonération des jobs étudiants. Dans tous les cas, un contrat écrit, des justificatifs bien rangés et un compte au nom de l’enfant évitent bien des difficultés.






